La poussière des montagnes

De Bayou Deadlands.

La situation était cocasse (ou totalement délirante, pour le commun des mortels).

En effet, ces pôv' Montjoie se retrouvaient un peu penauds, après la fuite de cette Dragomotive ("Dragomotiiiiive !") partie on ne sait-ou, et qu'il allait falloir ramener afin d'éviter de devoir prendre le maquis en raison du Baron Lacroix.

Enquête fut menée pour décider d'une direction à prendre, avec un arrière goût âcre en bouche, en raison de M. Marcel et de son tuyau qui, sans être percé, avait désormais des relents bien nauséabonds.


Le Baron (qui deviendra plus tard "ce cher Simon") étant une personne sachant rester en tout temps constructive, un moyen de transport efficace fut mis à disposition, avec les laisser-passer adéquats.

Fraichement équipés d'un petit convoi tracté par une apparemment mythologique "Summer 1850", l'équipe encore quelque peu dans ses petits souliers, met le cap vers l'ouest, direction Houston, ou semble s'être dirigée la Dragomotive des enfers. Il est décidé d'une halte sur place, dans l'espoir de préciser un tant soit peu la direction pour le moins vague prise par l'improbable bestiole.

Quelques verres bus et payés ici et là, principalement du côté des Docks, ont permis d'apprendre qu'une quinzaine de dockers étaient portés absents depuis plusieurs jours. Ils auraient été débauchés par un certain Jameson le Rouge...

Le temps de s'adonner à un "cuisinage de chef de gare verreux" avec supplément de brisage psychologique, et il se révèle que le fameux Jameson avait carrément organisé un important transfert clandestin de matériel à haute valeur de combat ajoutée en direction des Dusty Mountains et de ses mines.

Une fois le nécessaire télégramme de dénonciation du pourri envoyé, il était temps de reprendre les rails !


Après quelques heures et un aiguillage, constat est fait: le nom de "Dusty Mountains" (montagne poussiéreuses) n'est pas galvaudé. Le convoi s'enfonce dans une tempête de sable et de poussière dont l'épaisseur finira par le forcer à s'arrêter par précaution. Il est décidé d'attendre une accalmie pour pousser plus avant. Quelques dizaines de minutes plus tard, on frappe à la porte du wagon !

Précautionneux, le bonhomme est introduit et désarmé. Il s'annonce comme "paumé dans la tempête, à la recherche d'un abri" (voire comme un mineur du coin, qui se souvient exactement ?). Toujours est-il que rétrospectivement, confiance fut bien trop vite accordée au nouvel arrivant. Ce dernier, au courant de la disposition de l'endroit, propose de servir de guide pour aller débusquer les vilains une fois la tempête un peu calmée. Le moment venu, coïncidant avec la tombée de la nuit, la gare minière se révèle vide à l'exception d'une grande halle, occupé par une vingtaine de personnes dont certains soudent de grosses plaques de blindage et fixent canons et gatlings sur un train non destiné au transport de passagers...

Un plan d'assaut se monte rapidement, afin de surgir d'autant d'endroits que possible et neutraliser les individus. Malheureusement, la mise à exécution ne suit pas, en grande partie à cause du fameux "guide", qui faisait en fait plutôt partie du camp adverse. Jameson le Rouge, Monsieur James, James Cadora. En bref, un échec éclatant, un capturage, et une mise aux fers. Ou plutôt, sous perfusion...


Hé oui ! Jusque là, l'histoire manquait cruellement de quelque savant ou docteur déjanté, manquement fort magistralement corrigé par l'introduction du Dokteur Heinrich, costaud psychopathe en blouse encore à peu près blanche (dont l'accent allemand est offert gracieusement par notre anthologique MJ).

Le bon monsieur donnant les directives à ses assistants, les prisonniers se retrouvent rapidement sanglés et branchés à de multiples tuyaux forts colorés, dont certains semblent rejoindre un gros vase au liquide rosâtre, dans lequel baigne un cerveau généreusement impacté d'un tas d'électrodes. Et c'est sous le regard "bienveillant" du Dokteur Heinrich, dont l'élément le plus inquiétant n'est pas les tire-bouchons que l'on semble entrevoir au fond de ses yeux, que la fine équipe sombre dans l'inconscience.



Pendant que certains parcourent quelques cauchemars des plus corsés, un train hérissé d'armement et de mercenaires s'ébranle à quelque distance...

Le futur permettra de mettre ce convoi en relation avec une attaque des plus violentes, occasionnant ce jour là la quasi-destruction d'un train de la Bayou Vermillon.



Les spécimens de laboratoire (comprenez "l'équipe") se réveilleront le soir suivant, la tête lourde et embrumée, des grigris plein le poitrail. Ceci, au beau milieu d'un labo tellement bien saccagé qu'il n'a que peu à envier aux restes déchiquetés d'Heinrich et de ses assistants, jonchant le sol. Enduits d'une substance sombre et poisseuse, et copieusement aspergés, comme le reste de la pièce, de divers restes d'organes, l'équipe évacue les lieux sans se faire prier. Constatant que les abords de l'exploitation sont déserts, tout le monde se regroupe dans un petit réfectoire, afin de se décrasser et de profiter de quelques provisions qui trainent.

La "Summer 1850" est toujours en gare, en bout de voie. On semble déceler un vrombissement sourd en fond, vite remplacé par un bruit d'engin mécanisé à vapeur, qui réveille les ex-rats de labo qui s'étaient accordés un peu de repos. Un convoi arrive à reculons, passablement impacté, et dont un seul homme sort: Cadora. Le train cessant son vacarme, le vrombissement revient, autrement plus fort. Et tout à coup, juste au dessus d'une crête, surgit dans la nuit un putain de dirigeable ! Smith & Robbards ? Darius Hellstrome ? Qu'est-ce donc que ce cirque ?


Réponse: La Guerre du Rail


Une plateforme descend du dirigeable et remonte avec Monsieur James, c'est le moment pour l'équipe de s'activer. Evariste monte avec une équipe dans le premier train, le reste monte dans la Summer avec son machiniste attitré, et départ ! Un groupe d'homme entrain d'être redescendu par la plateforme du dirigeable ouvre le feu, mécontents de voir les convois partir sans eux, et le dirigeable se met en alerte. C'est à ce moment qu'il fut donné aux rescapés de comprendre ce que la "Summer 1850" avait d'unique.

Tout le corps cylindrique de la loco s'irisant d'un halo bleu azur, celle-ci accélère puissament, "embroche" le convoi impacté, auquel Evariste faisait prendre aussi le large, et fait déguerpir l'ensemble sous le feu roulant des canons du dirigeable à une vitesse proprement hallucinante, grâce à ce qui se révèle être ni plus ni moins qu'un "accélérateur magnétique" des plus efficaces.


Sans grand dommage, le train rejoint Houston puis la Nouvelle Orléans, et le Baron Lacroix est prestement informés des derniers événements. Le convoi rapporté n'est pas celui qui fut dérobé, mais le Baron s'en contente, au vu des découvertes effectuées.


Sur ce, l'expédition Montjoie songe sérieusement à quelques jours de repos, mais c'est sans compter sur un pli déposé à l'hotel, annonçant une fort triste nouvelle.